jeudi 13 septembre 2018

Eléments d’identification : la guifette leucoptère et la guifette noire américaine immatures




De mi-août à fin septembre, c’est le moment de scanner les sternidés sur la façade atlantique à la recherche d’une sterne arctique, voire d’une rare sterne de Dougall (et pourquoi pas encore mieux !). Les guifettes ne dérogent pas à la règle, et bien que la guifette leucoptère soit bien plus rare à l’automne qu’au printemps en France (et a fortiori en Aquitaine, où elle est à peine annuelle à cette saison), il est probable que certains oiseaux en plumage immature passent inaperçus au milieu des groupes de guifettes noires. Pourtant, en se focalisant sur trois critères essentiels, il est relativement facile de repérer une jeune leucoptère aux jumelles, et même à l’œil nu si la distance d’observation s’y prête ! Découvrez en images quelques clés simples pour appréhender ce plumage de l'espèce.

Fig. 1 : Guifettes leucoptère (à gauche) et noire (à droite) immatures, Rochefort,  septembre 2018 (L. Sallé). Le dos sombre de la g. leucoptère  contraste nettement avec les ailes gris moyen : les plumes du manteau ne présentent quasiment pas de franges pâles, et la couleur de fond est un brun-gris très sombre. Combiné à un croupion blanc, cette « selle noire » se repère à bonne distance et même en lumière faible. A l’inverse, la g. noire à un manteau plus pâle aux plumes frangées de brun clair, et qui donc tranche moins sur les ailes et le croupion gris. Attention toutefois : le manteau tend à s’assombrir avec l’usure (les franges pâles s’abrasent) et certains oiseaux au croupion gris assez pâle (mais jamais blanc !) deviennent assez contrastés - jamais autant, cependant qu'une leucoptère.


Fig. 2 : De gauche à droite : guifettes moustac, noire et leucoptère immatures, Rochefort,  septembre 2018 (L. Sallé). Sur un oiseau en vol battu de face ou de profil (dont on voit mal le dos et le croupion donc), le critère essentiel à regarder est la présence éventuelle d’une traînée sombre semblant « couler » du bord d’attaque de l’aile. La guifette moustac (qui par ailleurs a un bec plus massif et une calotte avec beaucoup de blanc) en présente une vague trace et la g. noire a une virgule brun sombre prononcée qui est totalement absente chez la leucoptère. Cette dernière a souvent un front donc le blanc remonte plus loin en arrière que chez la noire, mais ce critère est plus dur à apprécier sur le terrain.


En résumé : une guifette immature très contrastée, au dos très sombre et au croupion blanc, sans virgule sombre en haut des flancs, est une leucoptère. Cela en fait un oiseau plus facile à identifier et à trouver que ce que l’ornithologue débutant s’imagine souvent, pour peu qu’on y prenne la peine de décortiquer les groupes de guifettes !

Pour les pros…



Beaucoup d’ornithos ignorent que la guifette noire possède une sous-espèce américaine (Chlidonias niger surinamensis) – laquelle, qui sait, sera peut-être élevée au rang d’espèce un jour futur. Toujours est-il que les mentions de la sous-espèce s’accumulent chez nos voisins d’Outre-Manche (déjà une en Angleterre et une autre en Irlande cet automne) et que la possibilité d’un oiseau atteignant la France est bien réelle ! Pour les anglophones, on  pourra consulter l’article suivant qui relate la première mention pour le Kent : https://www.birdguides.com/articles/britain-ireland/american-black-tern-a-first-for-kent/. Pour les autres, voici quelques critères à cibler pour espérer découvrir la première mention française !


Fig. 3 : guifette noire américaine c.n.surinamensis immature (Lincolshire 2011, Nick Clayton). Premiers critère évident (malgré la forte lumière!) : les flancs largement grisés, juxtaposés à une virgule sombre très large. Les sous-alaires sont également grises (blanches chez la sous-espèce nominale), l'ensemble se combinant pour donner à l'oiseau un aspect plus "sale". La calotte noire est très peu marquée, le front est très blanc, donnant l'impression que l'oiseau porte un "casque audio" sur les parotiques. Moins visible sur cette photo, le dos contraste très peu avec le croupion et les ailes, lesquels sont d'un gris plus sombre que chez niger.
En conclusion, il y a de quoi faire chez les guifettes. Cette note ne fait que résumer les critères principaux permettant la détection des taxons concernés, et il est clair que pour confirmer leur identification (surtout dans cas de surinamensis !) une observation prolongée et une description concise sont nécessaires. Cependant, en s'armant de ces quelques clés, l'observateur lambda peut se lancer à l'assaut du monde des guifettes avec un regard nouveau !


Louis Sallé